La maison des courants d'air 2 — Le plan de Joséphine

Feuilleton 2/3

Chapitre premier

La maison des courants d'air 2 — Le plan de Joséphine

Version audio — bientôt

Une voix douce vous relaiera les soirs où vous n'avez plus la vôtre.

« Ils déménagent le trésor demain nuit ! »

C'est la pie du lampadaire qui apporta la nouvelle, au matin, et cette nouvelle changeait tout.

Elle l'avait entendu de ses propres oreilles, en faisant semblant de dormir sur sa branche : les deux voleurs avaient trouvé le ballon, ils se méfiaient, et ils avaient décidé d'emporter leurs trésors ailleurs. Après, il serait trop tard : la police ne retrouverait jamais rien.

« Alors on a une journée, dit Grégoire. Une seule.

— On le dit à Papa maintenant ? demanda Archibald.

— Ce soir, tout, promis. Mais si des policiers se garent devant la maison, les voleurs les verront et s'enfuiront avec les sacs. Il faut qu'ils partent en courant, sans rien emporter… et qu'ils appellent la police eux-mêmes. »

Jo eut son sourire en coin, celui de quelqu'un qui a déjà tout compris.

« Il faut leur faire croire que la maison est vraiment hantée. »

Le plan tenait en trois morceaux. Un : pendant que les voleurs étaient loin — la pie montait la garde sur le lampadaire, prête à crier —, transformer la cave. Deux : la nuit venue, un fantôme. Trois : le fantôme, ce serait Oskar.

L'opération de jour fut menée en plein après-midi, comme une mission d'agents secrets. Le chandelier alla se percher tout en haut de l'escalier. Les montres formèrent un cercle parfait au milieu du sol. Le tableau se retrouva face au mur, comme s'il boudait. Archibald récupéra son ballon, posé sur un tonneau, et le serra très fort. Et Joséphine — car là, c'était du travail de Joséphine — referma chaque sac avec des nœuds de son invention : des nœuds à triple boucle inversée que même un adulte avec un mode d'emploi n'aurait pas su défaire.

« Des nœuds légendaires, souffla Archibald, admiratif. Niveau gold. Grégoire aurait bien eu besoin de toi, le jour du petit cerf.

— La prochaine fois qu'un animal est coincé, je viens », promit Jo.

C'est là que le plan faillit s'écrouler. La pie, qui surveillait depuis le matin, réclama son salaire — et sans attendre la réponse, elle plongea par le soupirail, attrapa la plus brillante des montres au milieu du cercle, et s'envola avec.

« Non ! s'écria Grégoire. S'ils voient qu'une montre a disparu, ils vont tout emporter ce soir même !

— Ou alors…, dit lentement Joséphine. Ou alors c'est encore mieux. Un fantôme qui déplace les objets, c'est inquiétant. Un fantôme qui les emporte… »

Le soir venu, comme promis, ils racontèrent tout à Papa. Le ballon, la cave, les photos sur l'ordinateur, le plan. Papa écouta jusqu'au bout, très sérieux. Puis il regarda ses trois agents l'un après l'autre.

« Vous avez bien fait de tout me dire. Voilà ce qu'on va faire : vous ne remettez plus un pied dans cette maison. Ce soir, on regarde ensemble, depuis chez Jo. Et si les choses ne se passent pas comme prévu, c'est moi qui appelle la police. Marché conclu ?

— Marché conclu ! »

À la nuit tombée, tout le monde prit son poste à la fenêtre de Jo — trois enfants en pyjama, le nez au bord du rideau, et Papa derrière eux, son téléphone à la main. Tout était prêt. Tout, sauf une chose.

Le grand chêne était vide. Pas d'Oskar sur sa branche. Pas d'Oskar sur le toit. Pas d'Oskar nulle part. Et au bout de la rue, deux ombres approchaient déjà — une grande maigre, une petite ronde.

« Et toujours pas de fantôme », chuchota Archibald en caressant son doudou au bord des oreilles.

Dehors, la rue était calme, calme comme avant un spectacle, quand les lumières s'éteignent et que le rideau va se lever. Et quelque part, tout près, on aurait juré entendre une cheminée s'éclaircir la voix. « Hou. Hou-hou. Hmm. »

Maintenant, comme Grégoire et Archibald, ferme doucement les yeux. La nuit est calme, et demain une nouvelle aventure t'attend. Bonne nuit.

Clôture rituelle · à lire plus bas encore

(À suivre : épisode 3, « La nuit du fantôme »)