La maison des courants d'air 3 — La nuit du fantôme
Feuilleton 3/3
Chapitre premier
La maison des courants d'air 3 — La nuit du fantôme
Version audio — bientôt
Une voix douce vous relaiera les soirs où vous n'avez plus la vôtre.
« UN FANTÔME ! IL Y A UN FANTÔME DANS LA MAISON ! »
Ce cri-là, tout le quartier allait bientôt l'entendre. Mais reprenons au début de la nuit, au moment où les deux voleurs poussaient la porte de la maison des courants d'air.
À la fenêtre d'en face, trois enfants en pyjama retenaient leur souffle, et Papa, derrière eux, serrait son téléphone. Le grand chêne était toujours vide.
« Oskar nous a oubliés, gémit Archibald.
— Hou-hou », répondit une voix douce, juste au-dessus de la fenêtre.
Deux yeux orange brillaient sur la gouttière. L'immense hibou s'y tenait très droit, aigrettes dressées, très digne.
« Un grand-duc n'oublie jamais, jeune homme. Un grand-duc répète. J'ai passé la journée dans la cheminée de cette maison à étudier l'écho. On ne monte pas sur scène sans répétition. Le hululement doit rouler exactement comme il faut. »
Et il s'envola — sans un bruit, car les hiboux volent comme des secrets — droit vers la cheminée de la maison des courants d'air.
En bas, dans la cave, la lampe des voleurs venait de s'allumer. Et tout de suite, les ennuis commencèrent.
« C'est TOI qui as mis le chandelier en haut de l'escalier ?
— Moi ? C'est toi ! Et pourquoi les montres font un rond ?
— Le tableau regarde le mur ! Et les sacs ! Je n'arrive plus à ouvrir les sacs ! C'est noué par… par quelque chose qui n'a pas des doigts comme nous !
— Attends. Un, deux, trois… Il MANQUE une montre ! La plus belle !
— Personne ne peut entrer ici sans qu'on le voie… personne de vivant… »
C'est le moment qu'Oskar choisit. Du fond de la cheminée, il poussa un hululement long, profond, immense, qui roula dans les murs, monta les escaliers, redescendit à la cave et fit trembler la lampe.
« HOUUUUU… »
Puis il traversa la cave, ombre gigantesque aux yeux orange, ailes déployées, et gémit de sa plus belle voix de théâtre :
« Rendez… ce qui ne vous appartient… paaaaas… »
Et à cet instant précis — personne ne l'avait prévu, pas même Joséphine —, la pie lâcha la montre volée du haut du lampadaire. La montre tomba en tournoyant par le soupirail et atterrit PILE sur la tête du petit rond.
« UN FANTÔME ! IL Y A UN FANTÔME DANS LA MAISON ! Il me REND la montre ! Il sait que c'est nous !
— REVERSE ! hurla le grand maigre, qui avait entendu ce mot dans une cour de récré sans jamais comprendre ce qu'il voulait dire. REVERSE ! REVERSE ! Ça ne marche paaaas ! »
Le grand maigre grimpa sur le petit rond. Le petit rond grimpa sur le grand maigre. Ce qui, tout le monde en conviendra, est impossible — et pourtant ils le firent. Puis ils jaillirent de la maison, et là, tremblants sous le lampadaire, ils firent la chose la plus étonnante du monde : ils appelèrent la police eux-mêmes.
« Venez vite ! Une maison hantée ! On avoue tout, le chandelier, les montres, tout ! Mais protégez-nous du fantôme ! »
À la fenêtre, Papa riait tellement qu'il dut s'asseoir. Quand les gyrophares bleus arrivèrent au bout de la rue, il descendit expliquer calmement aux policiers ce que trois enfants et un hibou avaient découvert.
Le lendemain matin, la rue n'avait jamais vu autant de monde. La police avait tout retrouvé, jusqu'à la montre tombée du ciel, et les propriétaires des trésors allaient tous être remboursés de leur attente. Papa, qui savait déjà tout, écouta quand même trois enfants raconter l'histoire en même temps — ce qui fait six histoires. Les policiers félicitèrent Grégoire pour son plan, Archibald pour son courage, et Joséphine pour ses nœuds : un agent demanda même, très sérieusement, le mode d'emploi de la triple boucle inversée.
« Et Oskar ! dit Archibald. C'est le meilleur acteur du monde !
— Acteur ? » L'immense hibou lissa ses plumes une à une, très digne. « Je ne jouais pas, jeune homme. J'étais parfaitement sincère. Simplement… avec du talent. »
Ce soir-là, Papa ferma le livre. « Allez : dents, pipi et au lit. » Archibald, déjà sous sa couette, caressait son doudou au bord des oreilles, tout doucement. Dehors, le quartier était redevenu tranquille. Dans le grand chêne, un hibou très digne répétait son hululement, pour être encore meilleur la prochaine fois. Et sur le lampadaire, une pie comptait ses trésors.
Maintenant, comme Grégoire et Archibald, ferme doucement les yeux. La nuit est calme, et demain une nouvelle aventure t'attend. Bonne nuit.
(Fin du feuilleton « La maison des courants d'air ».)
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