La maison des courants d'air 1 — La cave aux trésors

Feuilleton 1/3

Chapitre premier

La maison des courants d'air 1 — La cave aux trésors

Version audio — bientôt

Une voix douce vous relaiera les soirs où vous n'avez plus la vôtre.

« Le ballon ! Il est tombé dans la maison ! »

Si Archibald avait su où ce tir allait les mener, il aurait peut-être tiré moins fort. Ou peut-être encore plus fort, justement.

Tout avait commencé une heure plus tôt, par un mercredi tout à fait tranquille. Au bout de la rue, il y avait une maison que tout le monde appelait la maison des courants d'air. Ses volets claquaient tout seuls, sa porte grinçait, et quand le vent la traversait, on aurait dit qu'elle soupirait. Personne n'y habitait depuis des années. Enfin, c'est ce que tout le monde croyait.

Ce mercredi-là, Grégoire et Archibald jouaient au foot sur le trottoir avec Joséphine, leur amie de la rue d'à côté. Tout le monde l'appelait Jo — sauf quand elle faisait quelque chose d'extraordinaire, et alors on disait Joséphine, avec respect. Jo faisait des passes tellement précises que Grégoire ne courait presque plus : le ballon arrivait tout seul sur son pied.

« À toi, Archibald ! Tout doux ! »

Mais Archibald ne connaissait pas le tout doux. Il tira de toutes ses forces. Le ballon s'envola, passa par-dessus la grille, traversa la fenêtre grande ouverte du rez-de-chaussée et disparut dans la maison. On l'entendit rebondir une fois, deux fois… puis dégringoler un escalier, boum, boum, boum, de plus en plus bas.

« Il est tombé à la cave, souffla Jo.

— On entre, on le reprend, on ressort, décida Grégoire. C'est une maison vide. »

La porte s'ouvrit toute seule devant eux, comme pour les inviter. À l'intérieur, tout était gris de poussière. Ils descendirent l'escalier de la cave sur la pointe des pieds — et s'arrêtèrent net.

La cave n'était pas vide du tout. Des sacs. Des boîtes. Des chandeliers dorés, des montres qui brillaient, un tableau dans un cadre magnifique. Et le ballon, tout penaud, au milieu du trésor.

« Une maison vide avec une cave pleine, murmura Jo. Et regardez : pas un grain de poussière ici. Une cave propre dans une maison sale, c'est deux fois bizarre. »

Là-haut, un volet claqua. Les trois enfants remontèrent quatre à quatre et coururent jusqu'au bout de la rue sans s'arrêter.

« Le ballon ! gémit Archibald. On a oublié le ballon !

— On ira le rechercher, promit Grégoire. Mais d'abord, on va demander à quelqu'un qui sait tout ce qui se passe la nuit. »

Ils s'approchèrent du grand chêne. « Hou-hou », fit l'arbre. Puis deux grands yeux orange s'ouvrirent dans l'ombre des branches, et l'immense hibou apparut, aigrettes dressées.

« Bonsoir, Grégoire. Bonsoir, Archibald. Bonsoir, Joséphine.

— Comment il connaît mon prénom ? chuchota Jo.

— Oskar connaît le prénom de tout le monde, répondit Archibald, comme si c'était la chose la plus normale du monde.

— La maison des courants d'air ? reprit le hibou lentement. Comme c'est intéressant. La pie du lampadaire m'a raconté que deux messieurs y entrent, certaines nuits, avec des sacs. Elle les surveille depuis des semaines — il paraît qu'ils ont des objets très brillants. Il est POSSIBLE que ces messieurs ne soient pas les propriétaires. Il est POSSIBLE que ces objets ne soient pas à eux non plus. Mais ça, c'est à vous de le découvrir. »

Le soir même, dans la chambre de Jo, l'ordinateur donna la réponse. Joséphine tapa, chercha, compara — et deux photos s'affichèrent : un grand maigre et un petit rond. Deux voleurs que la police recherchait depuis des mois. Partout. Sauf, visiblement, dans la maison des courants d'air.

« On appelle Papa et la police, dit Archibald.

— Oui, dit Grégoire. Dès ce soir. Mais regardez d'abord. »

Par la fenêtre de Jo, juste en face, on voyait la maison. Dans la nuit, deux ombres venaient d'y entrer. Une grande maigre. Une petite ronde. Une lumière s'alluma à la cave.

Puis la porte se rouvrit, et le grand maigre sortit sous le lampadaire. Il tenait quelque chose dans les mains. Quelque chose de rond. Le ballon d'Archibald. Il le tourna, le retourna, puis leva lentement la tête vers la rue endormie.

« Ils savent que quelqu'un est venu », chuchota Joséphine.

Cette nuit-là, chacun rentra dormir dans son lit, la tête pleine de questions. Et pendant que le quartier dormait, du haut du grand chêne, deux yeux orange veillaient sur la rue, sans ciller. « Hou-hou », fit doucement la nuit. Quelqu'un montait la garde.

Maintenant, comme Grégoire et Archibald, ferme doucement les yeux. La nuit est calme, et demain une nouvelle aventure t'attend. Bonne nuit.

Clôture rituelle · à lire plus bas encore

(À suivre : épisode 2, « Le plan de Joséphine »)