Agents secrets 2 : L'ombre de la pie

Feuilleton 2/3

Chapitre premier

Agents secrets 2 : L'ombre de la pie

Version audio — bientôt

Une voix douce vous relaiera les soirs où vous n'avez plus la vôtre.

« Elle est revenue. » Quand Monsieur O prononça ces mots, un grand silence tomba sur l'Agence. Même le loir ouvrit un œil. Et ça, de mémoire d'écureuil, ce n'était jamais arrivé.

Le lendemain soir, comme promis, Grégoire et Archibald avaient rejoint l'Agence par la porte du vieux chêne. Sur le grand bureau, Monsieur O avait déposé la plume noire et blanche trouvée sous la fenêtre de la classe de maternelle. Elle brillait comme un bijou.

— Cette plume, déclara-t-il, appartient à Baronne. Une pie — la plus grande collectionneuse de choses brillantes que ce quartier ait jamais connue. Boutons dorés, papiers d'argent, billes, trombones : rien ne lui échappait. Et puis un jour, il y a très longtemps, elle a disparu. Plus personne ne l'a revue.

— Une amatrice, renifla une voix vexée au-dessus d'eux.

C'était la pie du lampadaire, l'informatrice officielle de l'Agence, son ruban doré autour du cou. Elle n'aimait pas du tout qu'on parle d'une autre pie — et encore moins d'une pie plus célèbre qu'elle.

— Tu la connais ? demanda Grégoire.

— Toutes les pies connaissent Baronne, répondit-elle en se lissant les plumes. Les pies adorent les objets brillants — c'est pour ça qu'on nous appelle les pies voleuses. Mais Baronne, c'était autre chose. Une légende. Si vous voulez que je vous aide à la retrouver, ce sera double paie. Quatre trombones brillants. D'avance.

Marché conclu. Et la chasse commença.

Chaussettes silencieuses aux pieds, lampes à lumière de lune en poche, les deux agents suivirent la piste dans le quartier endormi. Archibald, le nez au sol comme toujours, trouva le premier indice : un bouton d'ours en peluche, tombé au coin de la rue. Puis un autre. Puis un fil de laine rose accroché à une gouttière.

— Elle a perdu des morceaux de doudous en route, chuchota-t-il. Il suffit de suivre les boutons !

La piste des boutons les mena derrière l'église, au pied du plus grand peuplier du quartier — un arbre si haut qu'on ne voyait pas son sommet dans le noir.

— Là-haut, souffla Grégoire.

Ils grimpèrent, branche après branche, doucement, sans un bruit. Et ce qu'ils découvrirent au sommet leur coupa le souffle.

Un nid. Mais pas un nid ordinaire : un nid immense, tressé comme un palais, qui scintillait de mille trésors — billes, papiers dorés, boutons, une petite cuillère en argent. Et au milieu de tout ce brillant, bien alignés, bien bordés comme dans un dortoir… les vingt-trois doudous de l'école maternelle.

— Elle ne les a pas abîmés, murmura Archibald. Elle les a… couchés.

C'était vrai. Chaque doudou était installé avec soin, comme si quelqu'un leur avait souhaité bonne nuit. Grégoire fronça les sourcils. Un voleur qui borde ce qu'il vole, ça n'existait dans aucun dossier de l'Agence.

C'est alors que deux grandes ailes noires et blanches se déployèrent au-dessus d'eux, et qu'une voix rauque et royale tomba du sommet de l'arbre :

— KRRRA ! Qui ose entrer dans mon royaume ?

Baronne. Immense, superbe, ses plumes luisant comme de l'encre. Archibald recula d'un pas.

— C'est le boss final, chuchota-t-il.

Mais avant que quiconque ait pu bouger, un vol parfaitement silencieux se posa entre les enfants et la grande pie. Oskar. Il lissa ses plumes, prit son air le plus digne, et dit simplement :

— Bonsoir, Baronne. Ça faisait longtemps.

Baronne le fixa de ses yeux noirs. Quelque chose passa entre les deux oiseaux — un très vieux souvenir, peut-être.

— Vous vous connaissez ? s'étonna Grégoire.

— Il est POSSIBLE, répondit Oskar sans quitter Baronne des yeux, que nous ayons été amis, il y a très longtemps. Agents, redescendez. Doucement. La nuit a assez parlé pour ce soir.

Les deux frères redescendirent de l'arbre branche par branche — et, évidemment, Grégoire se retrouva avec une petite branche coincée dans l'oreille, ce qui fit pouffer Archibald pendant tout le reste de la descente. Mais ils n'avaient pas peur : Oskar veillait, et quand Oskar veille, il ne peut rien arriver. Au pied de l'arbre, ils levèrent les yeux une dernière fois. Tout là-haut, les deux silhouettes se parlaient à voix basse, comme de vieilles connaissances qui ont beaucoup de choses à se dire.

Sur le chemin du retour, Archibald mit ses mains dans ses poches.

— Grégoire… pourquoi une voleuse de trésors bordait-elle les doudous ?

— Je ne sais pas, répondit son grand frère en se frottant l'oreille. Mais j'ai l'impression que Baronne ne vole pas des choses brillantes. Elle cherche autre chose. Et demain, on découvrira quoi.

Et cette nuit-là, dans leur lit, la carte noire sous l'oreiller, les deux agents s'endormirent le cœur tranquille — car les mystères de la nuit attendent toujours sagement le matin.

Maintenant, comme Grégoire et Archibald, ferme doucement les yeux. La nuit est calme, et demain une nouvelle aventure t'attend. Bonne nuit.

Clôture rituelle · à lire plus bas encore

À suivre : épisode 3, « Le secret de Baronne ».