Agents secrets 3 : Le secret de Baronne
Feuilleton 3/3
Chapitre premier
Agents secrets 3 : Le secret de Baronne
Version audio — bientôt
Une voix douce vous relaiera les soirs où vous n'avez plus la vôtre.
« La sieste, c'est à treize heures ! » Monsieur O fit claquer son aile sur le bureau. « Vingt-trois doudous, un peuplier géant, et une matinée pour tout arranger. Agents… c'est la mission la plus délicate de votre carrière. »
Car il ne s'agissait pas de reprendre les doudous. Ça, n'importe qui aurait pu le faire.
— Baronne n'est pas une ennemie, expliqua Oskar, perché sur son perchoir d'acajou. Et on ne règle pas une affaire de cœur comme un cambriolage. Il faut comprendre POURQUOI elle a pris les doudous. Sinon, elle recommencera.
— Moi je sais, dit une petite voix.
Tout le monde se retourna. C'était Archibald. Il regardait ses chaussures, un peu gêné, comme chaque fois qu'il disait quelque chose d'important.
— Dans son nid, elle a des trésors partout. Des billes, des boutons, une cuillère en argent. Mais les trésors, ça brille, c'est tout. Ça ne fait pas de câlins. Je crois que Baronne… elle borde les doudous parce qu'elle n'a personne à border.
Il y eut un long silence. La pie du lampadaire cessa de lisser ses plumes. Le loir, qui dormait sur le tampon encreur, ouvrit un œil — le deuxième de la semaine, un record absolu.
— Hou-hou, dit doucement Oskar. Et dans sa bouche, ça voulait dire : exactement.
Alors le plan changea. Avant de partir, Archibald passa par la maison et fouilla tout au fond de son coffre à jouets. Il en sortit son vieux doudou lapin — celui d'avant, celui qu'il n'osait plus prendre dans son lit « parce qu'il était grand maintenant », mais qu'il n'avait jamais eu le cœur de donner.
Il le regarda une seconde. Puis, comme il l'avait toujours fait, il lui caressa doucement le bord des oreilles — c'était sa façon à lui — et il chuchota :
— J'ai une mission pour toi. La plus importante de toute ta carrière.
Puis il le mit dans son sac.
Au sommet du grand peuplier, Baronne les attendait, dressée sur son nid comme une reine sur son trône.
— KRRRA ! Vous revenez piller mon royaume ?
— Non, dit Grégoire calmement, les mains bien visibles. On vient faire un échange. Les vingt-trois doudous de la maternelle contre… ceci.
Archibald sortit son doudou du sac et le tendit à bout de bras.
— C'était le mien, dit-il. Il fait les meilleurs câlins du quartier — c'est vérifié, j'ai testé pendant quatre ans. Les petits de la maternelle ont besoin de leurs doudous pour la sieste. Mais toi… toi, tu peux le garder pour toujours. Comme ça, tu auras quelqu'un à border tous les soirs.
Baronne resta parfaitement immobile. Ses yeux noirs allèrent du lapin usé aux vingt-trois doudous bien bordés, puis au petit garçon qui tendait son trésor — un vrai, pas un qui brille.
Et la grande pie légendaire, la terreur des objets scintillants, descendit du nid, prit le doudou délicatement dans ses pattes… et le serra contre ses plumes.
— Personne, dit-elle d'une voix beaucoup moins royale, ne m'avait jamais rien offert.
— Ça, chuchota Grégoire à son frère, c'était le geste le plus légendaire de toute l'histoire de l'Agence.
Ce qui suivit fut la plus étrange opération jamais menée dans le ciel du quartier : un pont aérien de doudous. Oskar prit le commandement, très sérieux, comme une tour de contrôle :
— Escadrille Doudou, autorisation de décoller. Baronne, couloir numéro un, l'ours brun d'abord. Pas de loopings.
— KRRRA, répondit Baronne. Ce qui voulait dire : je fais ce que je veux. Et elle fit un looping.
Baronne en tête, la pie du lampadaire à sa suite — payée six trombones, mais elle jura ensuite qu'elle l'aurait fait gratuitement, ce qui, pour une pie, est la plus grande déclaration d'amitié possible — les vingt-trois doudous retraversèrent le ciel un par un. Il y eut une seule alerte : à midi cinquante-deux, la maîtresse leva le nez de son livre juste au moment où un ours en peluche passait devant la fenêtre. Elle cligna des yeux. L'ours avait disparu. Elle regarda son café, le repoussa doucement, et décida de ne plus jamais en reprendre après le déjeuner.
À midi cinquante-cinq, le dernier doudou atterrissait sur son petit lit, à sa place exacte, bordé de frais. À treize heures, vingt-trois enfants de maternelle s'endormirent en serrant leur doudou, sans jamais savoir qu'il avait passé deux nuits dans un palais.
Sur le chemin du retour, Grégoire posa enfin LA question :
— Oskar… Baronne et toi. C'était quoi, votre histoire ?
Le hibou regarda longtemps le soleil de l'après-midi.
— Il est POSSIBLE, dit-il, qu'il y a très longtemps, quand ce quartier n'était qu'un bois, nous ayons veillé ensemble, elle le jour, moi la nuit. Et il est POSSIBLE qu'un jour, je vous raconte pourquoi nous avons cessé. Mais c'est une longue histoire. Et les longues histoires…
— …c'est pour les soirs où l'on n'est pas pressé, terminèrent les deux frères en chœur.
— Hou-hou, approuva Oskar. Vous apprenez vite. L'Agence est fière de vous, agents. Mission accomplie.
Et ce soir-là, pendant que les deux frères s'endormaient, leur carte noire sous l'oreiller, tout en haut du grand peuplier, une pie légendaire bordait un vieux doudou lapin dans un nid qui brillait de mille trésors — en lui caressant le bord des oreilles, exactement comme il faut. Et le nid, pour la première fois depuis très longtemps, n'était plus vide du tout.
Maintenant, comme Grégoire et Archibald, ferme doucement les yeux. La nuit est calme, et demain une nouvelle aventure t'attend. Bonne nuit.
(Fin de la première mission. L'Agence rappellera ses agents… quand la nuit aura besoin d'eux.)
Clôture rituelle · à lire plus bas encore