Agents secrets : Le code du parapluie

Feuilleton 1/3

Chapitre premier

Agents secrets : Le code du parapluie

Version audio — bientôt

Une voix douce vous relaiera les soirs où vous n'avez plus la vôtre.

« Ne touchez pas à ce parapluie ! » La voix venait de nulle part. Sur le banc du parc, le parapluie noir était pourtant tout seul. Enfin… en apparence.

C'était un mardi parfaitement normal. Trop normal, aurait dit Oskar. Sur le chemin de l'école, Grégoire et Archibald passèrent devant le banc du parc, où quelqu'un avait oublié un grand parapluie noir. Archibald tendit la main pour le rapporter aux objets trouvés.

— Ne touchez pas à ce parapluie !

Les deux frères se figèrent. La voix reprit, plus bas :

— Enfin si. Touchez-le. Mais faites comme si de rien n'était. Vous êtes observés. Hou-hou.

— Oskar ? chuchota Grégoire sans bouger les lèvres. Qu'est-ce que tu fais dans un parapluie ?

— Je ne suis pas DANS le parapluie, voyons. Je suis dans l'arbre, comme toute personne sérieuse. Le parapluie, lui, contient un message. Ouvrez-le.

À l'intérieur du parapluie, des lettres étaient brodées dans le tissu : E-H-C-O-P-A-L-S-N-A-D. Du charabia. Archibald plissa les yeux, fit tourner le parapluie, et éclata de rire :

— C'est écrit à l'envers ! « Dans la poche » !

Dans la poche du parapluie, il y avait deux cartes noires, brillantes, avec une plume dorée dessinée dessus. Et une seule phrase : « L'Agence vous attend. Suivez le hibou. »

— Des cartes légendaires, souffla Archibald en tenant la sienne du bout des doigts. Édition ultra-limitée. Personne à l'école n'a ça.

Oskar les mena au fond du parc, jusqu'au plus vieux chêne. Il toqua trois coups du bec contre l'écorce — toc, toc-toc — et une porte s'ouvrit dans le tronc, sur un escalier en colimaçon éclairé de petites lanternes.

En bas : l'Agence. Des cartes du quartier sur les murs, des jumelles alignées, un écureuil qui triait des noisettes marquées « URGENT », et un loir profondément endormi sur le tampon encreur — l'écureuil, en passant, lui avait tamponné « TOP SECRET » sur le front.

— Bienvenue, agents, déclara Oskar en se posant sur un perchoir d'acajou. Ici, je ne suis pas Oskar. Je suis Monsieur O, directeur de la section de nuit. Tenue correcte exigée, sang-froid obligatoire, chewing-gum interdit sauf mission spéciale.

— Et lui, c'est qui ? demanda Archibald en montrant le loir.

— Mon assistant. Il est en pleine réflexion depuis octobre.

Monsieur O fit glisser un dossier devant eux. À l'intérieur, des photos : des lits vides, des petites chaises, des visages d'enfants en larmes.

— Situation gravissime. Cette nuit, TOUS les doudous de l'école maternelle ont disparu. Vingt-trois doudous. La sieste de demain est en péril. Vous imaginez vingt-trois enfants sans sieste ? Les maîtresses tiendront une heure. Peut-être deux, maximum.

— Qui ferait une chose pareille ? souffla Grégoire.

— À vous de le découvrir. Voici vos équipements : chaussettes silencieuses, lampe de poche à lumière de lune, et un carnet pour noter ce que les grands ne remarquent pas. Les enfants voient bas, c'est votre force : les indices sont toujours par terre.

Archibald avait déjà le nez au sol. Et justement, par terre, au pied du mur de la maternelle, juste sous la fenêtre, il trouva la première trace : un fil de laine rose, un bouton d'ours en peluche… et une longue plume noire et blanche qui brillait comme un bijou.

— Monsieur O… c'est une plume de quoi, ça ?

Le hibou chaussa ses lunettes — ce qui, pour un hibou, est un spectacle en soi — et son regard devint très sérieux.

— Une plume de pie. Mais pas n'importe laquelle. Celle-là, on ne l'a plus vue dans le quartier depuis très longtemps… Agents, rentrez dormir. La mission commence demain soir, et il vous faudra toutes vos forces.

De retour à la maison, Archibald rangea sa carte noire sous son oreiller, à côté de la plume rayée d'Oskar.

— Grégoire… tu crois qu'on est de vrais agents secrets, maintenant ?

— Chut, sourit son frère en éteignant la lumière. Un vrai agent secret ne pose pas la question.

Et cette nuit-là, pendant que les deux frères dormaient, une ombre noire et blanche glissa sans un bruit au-dessus des toits du quartier, quelque chose de brillant serré dans le bec. Du haut du vieux chêne, deux yeux orange la suivirent longtemps. « Hou-hou », fit doucement la nuit. La mission ne faisait que commencer.

Maintenant, comme Grégoire et Archibald, ferme doucement les yeux. La nuit est calme, et demain une nouvelle aventure t'attend. Bonne nuit.

Clôture rituelle · à lire plus bas encore

À suivre : épisode 2, « L'ombre de la pie ».