Les bandits d'internet

Chapitre premier

Les bandits d'internet

Version audio — bientôt

Une voix douce vous relaiera les soirs où vous n'avez plus la vôtre.

« Volé ! Tout l'argent de la fête de l'école a disparu ! » La directrice n'en revenait pas. Et dans le grand chêne de la cour, deux yeux orange venaient de s'ouvrir d'un coup.

Tout le quartier ne parlait que de ça. Les parents avaient reçu un message sur leur téléphone : « Payez ici pour la fête de l'école ! » Sauf que le message était faux — il y avait même deux grosses fautes d'orthographe, mais personne ne les avait vues — le bouton était faux, et l'argent était parti — pfuit — dans la poche de bandits invisibles. Des bandits d'internet.

— On ne peut même pas les attraper, soupira Archibald. Ils se cachent dans les téléphones.

— Hou-hou. Personne ne se cache de moi, fit une voix au-dessus d'eux.

Oskar. Évidemment.

— Tu t'y connais en téléphones, toi ? demanda Grégoire, étonné.

— Pas du tout, répondit le hibou avec une grande dignité. J'ai essayé une fois. J'ai picoré l'écran, il m'a fait « bip », et depuis il n'arrête pas de me montrer des vidéos de hiboux. Aucun n'est aussi beau que moi, évidemment. Bref. Je n'ai pas besoin de téléphone : j'ai des yeux partout. Les pigeons du toit, les merles du jardin, la pie du lampadaire… La nuit dernière, la pie a vu deux garçons rire très fort derrière la vieille grange, penchés sur un ordinateur. Et la pie n'aime pas qu'on rie sans elle.

Les deux frères se regardèrent. Derrière la vieille grange, ça, c'était un endroit qu'on pouvait trouver.

— On y va et on reprend l'argent ! s'écria Archibald.

— Non, dit Grégoire. Si on fonce comme des taureaux, on ne vaudra pas mieux qu'eux. Réfléchissons. Ils ont piégé les gens avec un faux message… Alors on va les piéger avec un vrai.

Le plan était simple et brillant. Grégoire écrivit une belle affiche, que la pie accepta de livrer — contre paiement, car une pie ne travaille jamais gratuitement : trois trombones brillants et un bouton doré, payables d'avance. Elle déposa l'affiche devant la grange : « BRAVO ! Vous avez gagné le grand concours des plus malins du quartier. Remise du prix demain à 16h, préau de l'école. » Des bandits assez fiers pour voler tout un quartier seraient forcément trop fiers pour rater ça.

Le lendemain à 16h, deux grands adolescents se présentèrent au préau, le sourire aux lèvres et les cheveux pleins de gel — ils s'étaient faits beaux pour la photo du grand concours des plus malins. Ils perdirent leur sourire très vite : autour d'eux, il y avait la directrice, tous les parents… et, posé sur le panier de basket, un hibou immense qui les fixait sans cligner des yeux.

— C'est eux, dit simplement Oskar. La pie confirme. Et une pie ne ment jamais sur les choses importantes.

Les deux garçons devinrent tout rouges. Ils rendirent l'argent jusqu'au dernier centime, en regardant leurs chaussures.

— On trouvait ça drôle, murmura le plus grand. On n'avait pas pensé que la fête serait annulée…

— Elle ne le sera pas, dit la directrice. Et vous allez nous aider à la préparer. On verra si vous êtes aussi doués pour construire que pour embêter le monde.

Le jour de la fête, devinez qui tenait le stand de pêche aux canards, installait les guirlandes et gonflait trois cents ballons ? Les deux anciens bandits — qui, à leur grande surprise, s'amusèrent comme jamais. Être utile, c'était finalement plus drôle que d'être malin.

— Vous êtes nuls en ballons, lança un petit malin devant le stand.

— REVERSE, répondirent les deux grands en chœur. Et tout le monde éclata de rire, eux les premiers.

Et tout en haut du grand chêne, Oskar regardait la fête en hochant la tête, pendant que la pie, sur sa branche, portait fièrement un petit ruban doré : la récompense de la meilleure informatrice du quartier. Légendaire, la pie. Et elle le savait.

— Tu vois, dit Grégoire à son frère en croquant dans sa gaufre, on n'a pas eu besoin de se battre. Juste de réfléchir plus vite qu'eux.

— Et d'avoir un hibou, ajouta Archibald.

— Hou-hou, approuva la nuit.

Maintenant, comme Grégoire et Archibald, ferme doucement les yeux. La nuit est calme, et demain une nouvelle aventure t'attend. Bonne nuit.

Clôture rituelle · à lire plus bas encore