La plante qui n'existait pas

Chapitre premier

La plante qui n'existait pas

Version audio — bientôt

Une voix douce vous relaiera les soirs où vous n'avez plus la vôtre.

« ATCHOUM ! » Ce matin-là, dans le potager, une plante venait d'éternuer. Une plante. Qui éternue. Grégoire et Archibald se penchèrent au-dessus des salades, les yeux ronds.

Elle n'était pas là la semaine dernière, ça, c'était sûr. Entre les tomates et les courgettes poussait maintenant une plante que personne n'avait jamais vue : une tige bleue toute frisée, trois feuilles en forme de cœur, et un gros bouton de fleur fermé comme un poing.

— Elle est bizarre, dit Archibald en s'approchant.

La plante se recroquevilla d'un coup, comme vexée.

— Pardon, pardon ! Tu es très jolie !

La plante se redressa, gonfla un peu, et ses feuilles frémirent de plaisir.

Les deux frères passèrent l'après-midi à faire des expériences, avec un vrai carnet de savant. Résultat des recherches : quand on riait, la plante gonflait. Quand on criait, elle se roulait en boule. Quand Archibald racontait ses blagues, elle éternuait un petit nuage de pollen doré — ce qui vexait beaucoup Archibald, car il trouvait ses blagues excellentes.

— Quel est le comble pour un jardinier ? lui demanda-t-il quand même. Raconter des salades !

ATCHOUM ! Un énorme nuage doré. Archibald décida que, chez les plantes, ça voulait dire « très drôle ».

— Et quand on est gentil ? demanda Grégoire.

Archibald alla chercher un verre d'eau, l'arrosa doucement et lui dit qu'elle était la plante la plus courageuse du potager, toute seule au milieu des courgettes. Alors le gros bouton fermé s'entrouvrit, juste un peu, et laissa passer un parfum de vanille et de matin de vacances.

— Elle grandit à la gentillesse, murmura Grégoire, très impressionné. Mais d'où elle vient ?

— Hou-hou, fit le crépuscule.

Sur le poteau du potager se tenait Oskar, l'air de rien, ce qui chez lui était toujours le signe qu'il savait quelque chose.

— Oskar ! Tu connais cette plante ?

— Moi ? fit le hibou en regardant ailleurs. Absolument pas. Il est cependant POSSIBLE qu'en revenant d'un très lointain voyage, une graine se soit accrochée à mes plumes. Et il est POSSIBLE qu'elle soit tombée précisément ici, dans le seul jardin du quartier où des enfants parlent gentiment aux animaux. Le hasard, sans doute.

— Elle vient d'où, alors ? insista Archibald.

— D'un jardin si loin qu'il n'a pas de nom sur vos cartes. Là-bas, on l'appelle la fleur-miroir : elle montre ce qu'on lui donne. Donnez-lui de la colère, elle se ferme. Donnez-lui de la douceur… et vous verrez bien. Sur ce, j'ai une réunion importante avec la lune. Hou-hou.

Et il disparut dans le soir, aussi silencieux qu'un secret.

Alors les deux frères s'occupèrent de la fleur-miroir tous les jours. Un compliment le matin, une blague à midi — Archibald persistait, malgré les éternuements — et une histoire le soir, parce qu'une plante qui écoute, ça mérite bien une histoire. À chaque gentillesse, une nouvelle fleur s'ouvrait : une bleue, une dorée, une couleur de coucher de soleil.

Le samedi, la plante était devenue un petit feu d'artifice immobile au milieu du potager.

— Plante légendaire, déclara Archibald, très sérieux. Peut-être même mythique. Niveau max. Au-dessus, ça n'existe pas.

Et le dimanche, jour de l'anniversaire de maman, elle fit une chose extraordinaire : elle pencha sa plus belle fleur vers Archibald, comme pour dire « celle-là, tu peux ».

Quand maman souffla ses bougies, il y avait sur la table le plus étrange et le plus beau bouquet du monde — un bouquet qui sentait la vanille, les matins de vacances, et qui, si on le complimentait, gonflait un tout petit peu de fierté.

— Mais où avez-vous trouvé ça ? demanda maman, émerveillée.

— C'est une longue histoire, répondirent les deux frères en chœur.

Dehors, dans le grand arbre, deux yeux orange se plissèrent de contentement. Il est POSSIBLE qu'Oskar ait souri.

Maintenant, comme Grégoire et Archibald, ferme doucement les yeux. La nuit est calme, et demain une nouvelle aventure t'attend. Bonne nuit.

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