La finale du quartier des Oiseaux

Chapitre premier

La finale du quartier des Oiseaux

Version audio — bientôt

Une voix douce vous relaiera les soirs où vous n'avez plus la vôtre.

« On a zéro chance ! » C'est ce que pensaient tous les joueurs de l'équipe du quartier des Oiseaux. Et pourtant…

C'était un dimanche après-midi, et c'était un très grand jour : la finale de la coupe des quartiers. L'équipe du quartier des Oiseaux — Grégoire, Archibald et trois copains, en cinq contre cinq — allait affronter l'équipe du quartier de la Gare. Et l'équipe de la Gare, c'était du sérieux : grands, costauds, vainqueurs des dix dernières coupes. Le boss final, disait Archibald. Niveau gold, minimum.

Mais Grégoire et Archibald voulaient cette coupe de tout leur cœur. Alors ils s'étaient entraînés longtemps, par tous les temps : sous la pluie, dans le froid, dans le vent. Même dans le brouillard, si épais qu'on ne voyait pas les passes de Grégoire — le ballon finissait parfois dans le champ d'à côté, et une fois, crac, dans la fenêtre de la voisine, alors qu'Archibald était sûr de viser le but.

La veille de la finale, les deux frères allèrent trouver leur papa, la mine basse.

— Papa, on a zéro chance pour demain. Ils ont toujours tout gagné, et ils sont grands et forts.

— Vous êtes grands aussi, et vous êtes forts et intelligents, répondit papa. Écoutez-moi bien. D'abord, ce soir : bien manger, bien boire de l'eau, bien dormir, pour donner de la force à vos corps. Ensuite, le plus important : si vous vous répétez « on ne va pas gagner, on ne va pas gagner », alors n'y allez même pas, restez à la maison. Dites-vous plutôt : on va y arriver, toute l'équipe. Ça se joue d'abord dans la tête.

— Mais ils sont tellement plus grands…

— Vous êtes un peu plus petits, mais vous êtes plus rapides, et vous savez jouer ensemble. Je les ai observés : ils sont très forts… chacun pour soi. Il y en a toujours un qui part seul avec le ballon, qui dribble, tac, tac, tac — et les autres ne sont pas contents, parce qu'ils ne le reçoivent jamais. Vous, faites des passes. Appelez le ballon, démarquez-vous, proposez une solution, encouragez-vous. Certains joueurs sont plus petits par la taille, mais réfléchissent plus vite. La taille n'est pas un problème.

Alors les garçons mangèrent des pâtes, des légumes et des fruits, burent de l'eau. Puis papa lança sa formule rituelle — « dents, pipi et au lit ! » — et ils partirent dormir plus tôt. Et ce soir-là, sur le rebord de la fenêtre de leur chambre, un gros hibou aux yeux orange resta un long moment immobile, comme s'il avait écouté les conseils de papa et qu'il les trouvait très bons.

Le grand jour arriva. L'équipe de la Gare était bien là, grande et costaude. Leur capitaine s'approcha en ricanant :

— Vous avez zéro chance, les Oiseaux !

— REVERSE, répondit tranquillement Archibald.

Le grand capitaine fronça les sourcils, chercha quoi répondre, ne trouva rien. Tout le monde le sait : on ne répond pas à un reverse.

Mais dès le coup d'envoi, on vit la différence : les Oiseaux jouaient ensemble. Grégoire prit la balle, trouva Archibald, qui avait déjà deux copains démarqués. La passe partait avant même que l'adversaire n'ait bougé. Paf, paf — le ballon filait d'un joueur à l'autre. Puis Archibald arma une frappe de toutes ses forces : poteau rentrant, bam, but ! Un à zéro.

L'autre équipe n'était pas contente du tout — et ses joueurs commencèrent à se disputer entre eux. « Cours plus vite, toi ! » « Arrête de m'ennuyer ! » « T'avais qu'à courir aussi ! » Sur l'engagement, leur attaquant traversa tout le terrain, tout seul, et frappa : but. Un partout. Ce ballon-là était inarrêtable.

À la mi-temps : un peu d'eau, souffler, bien respirer. La seconde période fut très dure. Il faisait chaud. Les supporters étaient en folie — une fanfare, des klaxons, des tambours, une ambiance terrible.

On allait siffler la fin du match quand Archibald récupéra la balle, proprement, sans faute. Il accéléra, leva la tête, et adressa une passe parfaite à son grand frère. Grégoire s'éleva et plaça une tête juste sous la latte.

But. Le but de la victoire. Un but légendaire — de ceux qu'on raconte encore des années après, à la récré, en s'échangeant les collations.

— Aura infinie, souffla un petit du quartier des Oiseaux, au bord du terrain. Carte rare.

C'était la fête, la vraie.

— SIIIX SEEEEVEN ! hurlèrent les copains en sautant partout, les mains qui montent et qui descendent.

Pourquoi « six seven » ? Personne ne le savait. Pas même eux. C'était justement pour ça que c'était drôle.

L'équipe du quartier des Oiseaux reçut la coupe — mais d'abord, les joueurs allèrent serrer la main de l'équipe de la Gare. Et les grands costauds de la Gare saluèrent leur victoire, car il fallait bien le reconnaître : les Oiseaux avaient gagné en jouant ensemble.

Pas de bobos, pas de disputes, rien que de la joie. Quand on joue au foot comme ça, c'est vraiment un grand bonheur.

Et ce soir-là, la coupe posée sur la table de nuit, Grégoire et Archibald s'endormirent le cœur tranquille, en se répétant les mots de papa : ça se joue d'abord dans la tête.

Maintenant, comme Grégoire et Archibald, ferme doucement les yeux. La nuit est calme, et demain une nouvelle aventure t'attend. Bonne nuit.

Clôture rituelle · à lire plus bas encore