À qui est la cabane ?

Chapitre premier

À qui est la cabane ?

Version audio — bientôt

Une voix douce vous relaiera les soirs où vous n'avez plus la vôtre.

« C'est notre cabane ! » « Mais non, c'est la NÔTRE ! » Ce jour-là, une dispute a bien failli tout gâcher. Mais reprenons depuis le début.

C'était la fin d'un bel après-midi. Grégoire et Archibald, les deux frères, étaient à la maison quand l'envie leur prit d'aller dehors.

— On peut aller faire un tour ? On peut aller à notre cabane ?

— D'accord, dirent les parents. Vous avez tout ce qu'il vous faut ? Rentrez avant qu'il fasse nuit.

— Trop cool !

Chacun prépara son sac : un pull, quelques biscuits, des fruits, une gourde, une montre. Archibald glissa sa lampe de poche, et Grégoire son canif. Puis ils partirent par le petit sentier qui serpente entre les courts de tennis et longe la voie de chemin de fer, descend la colline et remonte une petite pente, jusqu'à un bois secret qu'eux seuls connaissaient.

Là, au milieu des arbres, se dressait leur fierté : une vraie cabane, avec une porte, une fenêtre, des planches bien clouées, et même un petit coin aménagé avec des objets trouvés un peu partout. Assis chacun sur un gros rondin, les deux frères grignotèrent leurs provisions. Le jus de pomme était délicieux. Ils parlaient des matchs de foot. C'était parfait.

Jusqu'à ce qu'une voix éclate dehors :

— Sortez de là, bande de poules mouillées !

C'étaient Eugène et son petit frère Thierry, deux garçons du quartier pas commodes, qui tapaient sur les jeunes arbres et piétinaient les plantes. Et soudain, Eugène lança quelque chose. Une pierre passa par la fenêtre et… toc, atterrit sur la tête d'Archibald.

Grégoire devint une vraie boule de feu. Il jaillit de la cabane d'un bond — trébucha, se cogna le front contre une branche, se releva — et fonça vers Eugène.

Mais, pour ne pas le frapper, il l'attrapa simplement par le bras :

— Tu as touché mon petit frère ! Tiens, va donc dire bonjour aux orties.

Et il le poussa dans le buisson d'orties. Eugène en ressortit en dansant une drôle de danse, les bras en l'air, comme s'il marchait sur des braises. Thierry, le petit, se mit à pleurnicher.

— On en a assez de vous, dit Grégoire. Soyez plus gentils, maintenant. Filez.

Eugène et Thierry repartirent en criant. Dans la cabane, Grégoire mouilla un coin de son tee-shirt d'eau fraîche et le posa doucement sur le front d'Archibald.

— Ça va aller, dit-il.

— Quelle sacrée bagarre, souffla Archibald.

Mais Grégoire n'avait pas le cœur joyeux.

— Je n'aurais pas dû le pousser dans les orties, même si j'étais très en colère. Viens, on va en parler aux parents.

À la maison, les garçons racontèrent tout : la cabane, la pierre, la colère, les orties. Les parents les écoutèrent.

— On se sent comme le cœur un peu serré, avoua Grégoire.

— Je comprends, dit son père. Quand on se dispute, on se sent mal après. C'est normal. Que voulez-vous faire ?

— On va aller leur parler.

Les deux frères marchèrent jusqu'à la maison d'Eugène et Thierry. Eugène ouvrit la porte… et là, il fallut tout le courage du monde aux deux frères pour ne pas éclater de rire : son visage avait doublé de volume, couvert de piqûres d'orties. On aurait dit une grosse tomate avec des sourcils.

— Tu as… bonne mine, lâcha Archibald, avant de recevoir un coup de coude de son grand frère.

— Je suis désolé de t'avoir poussé dans les orties, dit Grégoire très vite. Mais pourquoi as-tu lancé une pierre sur mon frère ?

— Je ne visais pas ton frère, marmonna Eugène. Je voulais juste viser le toit. J'ai complètement raté. C'est parce que vous étiez dans ma cabane !

— Mais non, c'est la nôtre ! C'est nous qui l'avons construite.

— Mais non, c'est la nôtre ! Quand on l'a trouvée, il n'y avait personne dedans, juste deux toiles d'araignée.

C'est là qu'Archibald comprit.

— Attends… On n'y était pas allés depuis longtemps. Les araignées sont venues, les plantes ont poussé… et vous avez cru que la cabane était abandonnée. Alors qu'en fait, elle est à nous.

Il y eut un silence. Puis Grégoire eut une idée.

— On n'est pas obligés de se disputer. Elle est grande, cette cabane. Et si on y allait tous ensemble ?

— D'accord, dit Eugène. Bonne idée.

Les quatre garçons se retrouvèrent dans la cabane, et il y avait largement de la place. Archibald partagea ses biscuits ; Eugène et Thierry sortirent une poignée de bonbons qui pétillent dans la bouche ; Grégoire avait même un peu de coca — tiède, d'accord, mais du coca quand même. C'était la fête. Ils firent tellement de bruit que, dans le grand arbre juste au-dessus de la cabane, un énorme hibou dérangé dans sa sieste ouvrit UN œil orange, puis l'autre, poussa un « hou-hou » très vexé et tourna le dos, comme un voisin qui remonte sa fenêtre. Les quatre garçons rirent de plus belle — et le hibou fit semblant de ne pas les entendre, ce qui est très difficile quand on est un hibou.

Ils riaient et discutaient quand, dehors, retentit une nouvelle voix :

— Eh, sortez de notre cabane !

Deux autres enfants, cette fois, venaient d'arriver.

Les quatre amis se regardèrent… et éclatèrent de rire.

— Venez ! lança Grégoire en ouvrant la porte. Il y a de la place pour tout le monde.

Et cette nuit-là, chacun s'endormit le cœur léger, en se disant qu'une dispute pèse beaucoup moins lourd quand on prend le temps d'en parler — et qu'une cabane est toujours plus grande quand on la partage.

Maintenant, comme Grégoire et Archibald, ferme doucement les yeux. La nuit est calme, et demain une nouvelle aventure t'attend. Bonne nuit.

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